Ce témoignage relate l'histoire de Sumaiya*, originaire de la région Ouest du Soudan. Elle a 18 ans et a souffert d'une fistule obstétricale due à un accouchement particulièrement difficile.
« Je me suis mariée à l’âge de 16. Je suis l’aînée de mes deux sœurs, qui se sont elles aussi mariées à 16 ans. Dans ma communauté, les filles ne reçoivent que très peu d’éducation formelle.
Mes premières années de jeune mariée ont évolué lentement mais de manière agréable. Lorsque je suis tombée enceinte, je n’ai pas pu me présenter au programme de suivi prénatal, parce que nous sommes des nomades. Nous nous déplaçons toute l’année afin de trouver des pâturages pour nos bovins et nos moutons. La plupart du temps, nous nous trouvons très loin des centres de soins fournissant un suivi médical même assez basic. Dans tous les cas, ma mère et mes tantes ne cessaient de me rassurer quant au fonctionnement du travail et de l’accouchement, elles m’assuraient que c’était un processus inné et naturel chez toutes les femmes.
Lorsque ce fut le moment, alors que les premières contractions se manifestèrent, je ne ressentis rien de naturel ! La douleur fut de plus en plus atroce. Après trois jours d’agonie, il n’y avait aucun signe d’accouchement imminent. C’est alors que mon père et mon mari décidèrent qu’il était temps de partir à la recherche d’une assistance médicale. Ils m’emmenèrent jusqu’à l’hôpital le plus proche (qui était à environ une demi journée de route) à dos de chameau. A notre arrivée à l’hôpital, le docteur en charge de m’examiner décida de mettre en place une césarienne, j’étais très mal-en-point, mon seul désir était que cette atroce douleur ne s’arrête.
Malheureusement, mon bébé est mort né. Après l’opération, on m’a gardé quelques jours à l’hôpital. Je me sentais si faible que j’avais du mal à bouger et marcher. Ma jambe droite était toute engourdie. Avant de quitter l’hôpital, j’ai remarqué que j’avais des fuites urinaires. J’en ai parlé au docteur, qui après m’avoir examinée, m’a informée que j’avais développé une fistule obstétricale due au travail difficile pendant l’accouchement. Il m’a expliqué ce que c’était : une sorte d’ouverture, de trou anormal entre ma vessie et mon vagin, il fallait que je sois opérée d’urgence afin de régler ce problème le plus vite possible. Il m’a référée au Centre National de Fistule et d’Uroginécologie du Dr Abbo à Khartoum qui est le plus grand centre spécialisé dans la fistule du Soudan.
Mon mari n’a pas pu supporter l’odeur de l’urine et m’a laissée tomber quelques mois plus tard. Je me suis retrouvée, laissée pour compte, bouleversée par la perte de mon mari et le deuil de mon premier enfant.
Mon père m’emmena jusqu’à Khartoum, la capital du Soudan accompagnée de ma mère. Au Centre National de Fistule et d’Uroginécologie du Dr Abbo, on m’a examinée pour déterminer à quel type d’opération je devais être préparée. Je leur parlais également de la douleur que j’avais à ma jambe droite toujours engourdie et le docteur m’affirma que ceci était aussi dû à l’accouchement difficile que j’ai vécu. Pendant que j’attendais pour l’opération, vu que je n’avais pas de parents proches à Khartoum, je fus admise dans un centre de réintégration et de réhabilitation où je fis beaucoup d’exercice de physiothérapie pour ma jambe engourdie avant et après l’opération de fistule.
L’opération fut un succès et j’étais prête pour l’étape suivante : la réhabilitation. Avec l’aide de professionnels du centre de réintégration et de réhabilitation et grâce à des sessions de réhabilitation physique et psychologique, je regagnai confiance et estime de moi-même. On m’a également offert la possibilité de me former à des activités comme le tricotage et apprendre à faire des gâteaux. Maintenant, je peux ouvrir mon propre petit commerce dès mon retour dans ma communauté.
Je songe maintenant à me remarier et fonder une famille. Cependant, on m’a prescrit de m’abstenir de toutes relations sexuelles pour les six premiers mois suivants l’opération, ensuite il me faudra utiliser un moyen de contraception pour éviter que je ne tombe enceinte dans les 6 mois suivants. Après ces 12 mois, si je tombe enceinte je devrais à tout prix le signaler à l’hôpital le plus proche et présenter la carte comprenant tous les détails de mes dernières opérations afin que le docteur puisse bien suivre ma grossesse et me fasse accoucher par césarienne.
Juste avant de quitter l’hôpital, on m’a informée qu’il était primordial que je retourne à l’hôpital dans les prochains six mois pour faire un suivi, mais vu que mon village est loin, on m’a donné un numéro de téléphone que je peux contacter n’importe quand si j’ai le moindre souci ou si je ne peux pas me déplacer pour mes examens de suivi.
Le personnel est très confortant et accueillant ; je n’oublierai jamais toute l’aide qu’ils m’ont apportée. Ils se sont même arrangés pour que je retourne chez moi en me donnant des tickets gratuits.
Les mots ne peuvent pas exprimer toute la joie et le bonheur que je ressens à ce moment présent. Je suis en bonne santé maintenant, et ceci grâce au personnel du Centre National de Fistule et d’Uroginécologie du Dr Abbo. En guise de ma reconnaissance envers le Dr Abdelrahman et le Dr Maisoun pour toute l’aide qu’ils m’ont offerte, je compte donner leurs noms à mes futurs enfants. J’espère que cela leur montrera à quel point je leurs suis reconnaissante.
Dès mon retour dans mon village, j’expliquerai aux femmes ce qu’est une fistule et combien un simple suivi de grossesse dans un hôpital peut prévenir les risques. »
*Le nom de la patiente a été mofifié afin de préserver son intimité
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